Le télétravail : une opportunité à accompagner pour préserver notre bien-être
Si le télétravail est une pratique intéressante à bien des points de vue : possibilité de se concentrer, diminution des heures de transports, économie de carburant…, économies foncières, attractivité pour l’entreprise… il nécessite néanmoins d’être vigilent sur l’ergonomie et les risques psychosociaux.
Régulière, occasionnelle ou exceptionnelle, cette forme d’organisation du travail peut entraîner des risques spécifiques que l’entreprise n’évoque pas à notre connaissance avec les équipes. Le poste de travail chez soi peut-être beaucoup moins ergonomique. Il ne faut pas hésiter à aller voir la médecine du travail en cas de troubles musculosquelettiques (TMS) se manifestant sous la forme de gêne, de douleurs musculaires, tendineuses voire articulaires pouvant conduire à des lésions, ou de fatigue visuelle. Certains aménagements avec une participation de l’entreprise sont possibles. N’oublions pas que notre santé est notre bien le plus précieux.
Concernant les aspects psychosociaux, la littérature relève plusieurs points d’attention :
- l’augmentation de la charge de travail et l’enchaînement de longues journées de travail ;
- l’accès plus complexe aux informations ;
- les problèmes techniques lors de l’utilisation des outils numériques ;
- la complexification des interactions sociales nécessaires à la réalisation du travail ;
- l’érosion des moments de convivialité, l’isolement du collectif, la perte du sentiment d’appartenance ;
- le contrôle et les actions de reporting du travail à distance excessifs ;
- l’isolement et le manque de soutien face au travail et aux problèmes éventuels (violence au travail de la part de clients, collègues…) ;
- le questionnement sur le sens du travail ;
- la porosité entre la sphère professionnelle et la sphère privée.
Les conséquences des risques psychosociaux pour la santé des télétravailleurs peuvent se manifester sous la forme de perte de motivation, de sentiment d’abandon, d’anxiété, de troubles du sommeil, d’addictions, de burnout, d’état dépressif, que le télétravail pourrait masquer plus facilement.
Les instances de la santé au travail suggèrent :
- Bien différencier temps de travail et temps personnel, et d’encadrer le temps de travail des télétravailleurs – Michelin avec les mesures du nombre des connexions tardives, approche cette demande.
- Surveiller la mise en place de conduites addictives que ce soit en termes de consommation de psychotropes (alcool, tabacs, autres…) que de conduites numériques (réseaux sociaux, scrolling compulsifs…) et ne pas laisser s’installer une souffrance au travail sans en parler à un professionnel de santé (médecin généraliste, médecin du travail, psychologue, psychiatre…).
- L’entreprise doit former en continu les managers et les salariés sur ces aspects, veiller à la qualité des outils informatiques, des accès aux données et à un support technique en ligne de qualité.
- Veiller à l’équité de traitement entre les salariés qui télétravaillent et ceux qui ne télétravaillent pas. Être clair sur les critères d’éligibilité. Maintenir ou instaurer à intervalles réguliers des rencontres physiques dans un même lieu. Evaluer les reports de charge éventuels entre les salariés en présentiel et en télétravail.
Les recherches récentes confirment que les télétravailleurs vivant seuls sont davantage exposés au sentiment d’isolement, à la détresse psychologique qui en découle. La Cfdt rappelle que le télétravail est un aménagement du travail individuel avec ses intérêts et ses risques dont il convient de discuter collectivement avec les salariés et leurs représentants.
Sources : INRS, DARES, ANACT.
Chris Boyer, élu Clermont-Ferrand
