Pérennité des entreprises : du culte de la performance à la robustesse

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Depuis des années, la performance est devenue une fin en soi. Toujours plus vite, toujours plus efficace, toujours plus rentable. Dans l’entreprise comme ailleurs, cette course permanente laisse pourtant des traces : épuisement, perte de sens, organisation sous tension, incapacité à faire face aux imprévus. Pourtant une autre approche est possible.

Les crises actuelles (sanitaires, climatiques, sociales) nous le montrent : un système trop performant devient fragile. À force d’optimiser, on supprime les marges de manœuvre, les temps de respiration, les sécurités invisibles qui permettent pourtant de tenir dans la durée.

Le vivant, lui, fonctionne autrement. Il privilégie la robustesse. Le corps humain ne cherche pas la performance maximale permanente, mais un équilibre viable dans un monde fluctuant. Il fonctionne en mode « dégradé » la majeure partie du temps… et c’est précisément ce qui lui permet de survivre. Et si l’entreprise s’inspirait de cette logique ?

Être robuste, ce n’est pas renoncer à la performance, c’est accepter qu’elle soit ponctuelle. C’est valoriser la diversité, la coopération, les redondances, parfois même ce que l’on appelle à tort des « non‑performances », mais qui sécurisent le travail réel.

On peut donner quelques-uns des leviers (non exhaustifs) de changement dans les entreprises :

  • Changer de posture managériale : passer du mode meneur (“je sais et j’ordonne”) au facilitateur (“je ne sais pas mais nous allons chercher ensemble”). Tolérer l’erreur (au lieu de la sanctionner) et miser sur la coopération.
  • Accepter des “temps improductifs” , par exemple la pause-café, le debrief après incident, l’analyse avant l’action.
  • Refuser une optimisation maximale des coûts (maintenir un stock de sécurité ou des fournisseurs multiples est “inefficace” en temps normal… mais vital en période de crise). Ralentir volontairement la production pour la sécuriser : réduire les cadences après une série d’incidents peut éviter l’accident majeur.
  • Oser s’exprimer sur les contraintes trop fortes, dire non à des objectifs irréalistes que l’on soit manager ou équipier.
  • Laisser de la marge de manœuvre à ceux qui font au lieu de tout standardiser.

La transition est déjà en cours

Ce basculement ne relève pas de la théorie. Il est déjà à l’œuvre dans l’agroécologie, dans l’économie de l’usage, dans les modèles low‑tech, dans les coopérations territoriales, dans les démarches participatives. Certaines entreprises d’envergure comme « Expanscience », « Yves rocher », « Rossignol », « Brattleboro Food Co-o », « Arcadie », « Nursie » (…)  se sont lancées dans une transformation totale de leur modèle d’entreprise. Ces initiatives montrent qu’on peut construire des modèles économiques stables, moins dépendants des fluctuations énergétiques ou financières, plus ancrés localement, et plus compréhensibles pour celles et ceux qui y travaillent.

Passer de la performance à la robustesse implique un changement de modèle économique. La Cfdt encourage la direction à se pencher davantage sur cette notion et les implications qu’elle pourrait avoir en termes d’organisation du travail. Dans un monde instable, la vraie question n’est plus : sommes‑nous assez performants ? mais comment se préparer aux chocs à venir sans casser les Hommes et les collectifs de travail ?

Sandrine Le Guilloux élue Cfdt

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