Inégalités : résister au règne des plus riches
Oxfam, confédération d’organisations humanitaires et de développement, luttant contre la pauvreté et les inégalités, vient de publier son rapport annuel intitulé : « Résister au règne des plus riches ». En parfaite résonnance avec les débats en France sur la taxe dite « Zucman », le rapport souligne l’accaparement par les ultrariches d’une part toujours plus importante de la richesse mondiale et son danger pour la démocratie.
Comme en France, où le patrimoine des plus riches (> 100 M€) a progressé 3 fois plus en 15 ans que le patrimoine du reste de la population, le phénomène s’emballe dans le monde. En 2025, la croissance de la fortune des milliardaires est trois fois plus forte que la moyenne des 5 années précédentes. Aujourd’hui, les 12 milliardaires les plus riches du monde possèdent plus de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit plus de quatre milliards de personnes.
Ruissellement tari...
Contrairement au mythe politique du ruissèlement, cet emballement ne se traduit pas par une diminution des situations de précarité et de grande pauvreté. Au cours des décennies précédentes, les défenseurs de la mondialisation pouvaient mettre en avant les progrès très réels accomplis dans la lutte contre la pauvreté. Mais depuis 2020, ce n’est plus le cas. Le rapport souligne que la pauvreté est à nouveau en hausse en Afrique, mais les associations caritatives françaises soulignent toutes l’augmentation du nombre de personnes aidées.
Un risque démocratique
La situation est telle que Oxfam dénonce les risques que ces inégalités font peser sur nos systèmes politiques et particulièrement sur la démocratie : les pays où les inégalités sont les plus marquées, ont jusqu’à sept fois plus de risques de voir leur démocratie s’éroder que les pays où les inégalités sont moins prononcées. Les données provenant de 136 pays confirment que plus les ressources économiques sont réparties de manière inégale, plus le pouvoir politique l’est également.
Les milliardaires dominent de plus en plus les médias et l’IA. Plus de la moitié des plus grandes sociétés médiatiques dans le monde appartiennent à des milliardaires, et neuf des dix plus grands réseaux sociaux sont dirigés par seulement six milliardaires. Cela leur donne un pouvoir politique démesuré leur permettant d’orienter les décisions des gouvernements vers leurs intérêts et non ceux de leurs populations. Selon Freedom House, 2024 a été la dix-neuvième année consécutive de déclin à l’échelle mondiale, avec plus de 60 pays affichant une détérioration des droits politiques et des libertés civiles.
Les contre-pouvoirs essentiels
Oxfam préconise la réduction radicale des inégalités, une limitation du pouvoir politique des ultra riches en limitant comme en France le financement des campagnes et des partis politiques. L’organisation conseille d’inscrire l’indépendance des médias dans la loi et d’exiger la transparence des algorithmes, protéger la liberté d’expression tout en luttant contre les contenus néfastes, notamment les discours haineux.
Outre ces mesures de protection, le rapport énonce la nécessité de bâtir le pouvoir du plus grand nombre. Il souligne l’intérêt et l’utilité des syndicats : « Les syndicats jouent un rôle essentiel en promouvant l’action collective et en influant sur les processus politiques, mais aussi pour la réduction directe des inégalités économiques en augmentant les salaires des personnes à faibles et moyens revenus par rapport aux plus hauts revenus. Les syndicats mènent une action particulièrement efficace pour combler les écarts de rémunération liés au genre et à l’origine ethnique. »
Ce constat mondial de l'importance des contre-pouvoirs et de l’efficacité du syndicalisme doit nous inciter à nous engager davantage pour la défense de nos droits et la construction d’un monde plus juste, dans la continuité de l’action de la Cfdt depuis sa création.
Chris Boyer, élu CSE Clermont et CSE Central
