Le climat, une menace existentielle pour la croissance
L’économie du climat a longtemps été perçue comme une discipline de « long terme ». Les travaux d’Adrien Bilal*, économiste à Stanford, viennent briser ce mythe en démontrant que le réchauffement climatique n’est pas un risque futur, mais un destructeur de richesse immédiat et massif. Pour les employeurs et les investisseurs, son message est clair : la décarbonation n’est plus une option éthique, c’est une stratégie de survie financière.
Le constat d’Adrien Bilal est sans appel : les modèles économiques utilisés jusqu’ici par les institutions internationales ont dramatiquement sous-estimé l’impact de la chaleur sur l’activité humaine.
Traditionnellement, on pensait qu’un degré supplémentaire ne coûtait qu’une fraction de point de PIB. Bilal montre qu’un réchauffement de $1$°C réduit le PIB mondial de 12 %. La hausse des températures n’est pas un phénomène isolé. Elle déclenche des chocs de productivité en cascade (impact sur la santé des salariés, rupture des chaînes d’approvisionnement, destruction d’infrastructures par les événements extrêmes). Alors que les marchés estiment la tonne de CO2 autour de 100$, Adrien Bilal chiffre le Coût Social Réel(SCC) de la tonne de CO2 à $1 050$ dollars. Chaque tonne émise aujourd’hui détruit l’équivalent de mille dollars de richesse future.
Le réchauffement ne se contente pas de ralentir la croissance ; il détruit le capital physique et humain. Pour un employeur, cela signifie notamment des usines ou des bureaux situés dans des zones à risque (inondations, stress thermique) qui perdent leur valeur d’usage et leur assurabilité. Les chocs de température affectent directement la capacité de production. Un environnement non adapté au climat futur est une promesse de baisse de rendement par salarié.
Auparavant, on craignait que si une entreprise (ou un pays) investissait massivement dans le vert, elle soit pénalisée par rapport à ses concurrents « pollueurs » (le problème du passager clandestin). Bilal démontre que les dommages sont si importants que les bénéfices internes d’une réduction des émissions (réduction des risques locaux, efficacité énergétique, résilience) l’emportent sur le coût de l’investissement.
« Les bénéfices d’une politique climatique domestique sont bien plus importants qu’on ne le pensait, car ils protègent directement l’économie nationale contre des pertes de PIB massives. » Adrien Bilal
L’inaction n’est pas un statu quo, c’est un choix de paupérisation. Les employeurs ont tout intérêt à devenir les moteurs de la transition : non pas par altruisme, mais parce que la stabilité de leur modèle d’affaires dépend de la stabilité du thermomètre mondial.
Les mathématiques de Bilal rejoignent la pensée systémique d’Olivier Hamant. Là où Bilal chiffre l’effondrement futur du PIB, le biologiste Olivier Hamant propose le remède : la robustesse (voir article Cfdt du 29/01/2026).
Pour la Cfdt, le message aux employeurs est clair : l’inaction est une faute de gestion. En fixant le coût réel du carbone à plus de $1 000$, Bilal retire l’argument de la « rentabilité » à ceux qui tardent à muter. Investir dans la décarbonation et dans la robustesse des métiers n’est plus un coût, c’est une assurance-vie collective.
Sandrine Le Guilloux, élue Cfdt
*Adrien Bilal, économiste français, spécialiste de la macroéconomie, de l’économie de l’environnement et de l’économie du travail. Il a été récompensé en 2026 par le Cercle des économistes pour la rigueur de ses modèles et l’impact de ses découvertes sur les politiques publiques mondiales.
