Changement climatique : l’adaptation de nos ateliers est une question de survie pour Michelin

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La réalité du changement climatique ne s’arrête pas aux portes de nos usines. En atelier, là où la chaleur des machines s’ajoute à celle de l’atmosphère, travailler devient parfois très compliqué. La nouvelle instruction « Repos Chaleur » de l’usine de Troyes apporte quelques avancées pour protéger notre santé. Mais, la gestion au coup par coup ne suffit plus. Pour garantir la pérennité de nos emplois et de notre outil industriel, Michelin doit cesser les demi-mesures et investir structurellement, à l’image des meilleures pratiques du secteur.

À l’usine Michelin de Troyes, la direction vient de mettre à jour son instruction « Repos Chaleur » (INS_TRO_0085), datée du 1er juin 2026, en application du décret du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs. Si ce texte apporte des avancées concrètes, le compte n’y est pas encore si l’on se compare à ce qui se fait de mieux ailleurs. Michelin peut et doit faire plus.

Ce que prévoit la nouvelle instruction à Troyes

Selon les seuils de vigilance de Météo France, des mesures progressives se déclenchent :

  • En veille saisonnière : Dotation de gourdes aux nouveaux arrivants et entretien des fontaines.
  • En avertissement chaleur : Aménagement de la charge de travail et octroi de pauses supplémentaires (environ toutes les 2 heures) basées sur des abaques thermiques précis.
  • En alerte canicule / canicule extrême : Distribution d’eau réfrigérée, vigilance médicale accrue du SPSTA pour les salariés à risque, et possibilité d’ouvrir la salle de restaurant (sous réserve de validation du CSE) pour accéder à des glaçons. Les douches en milieu d’équipe sont également autorisées pour permettre aux organismes de redescendre en température.

Ces mesures vont dans le bon sens. Mais elles restent largement réactives (on attend que la chaleur soit là pour agir). De plus les abaques(grilles de chaleur) sont à réactualiser pour être plus adaptées au changement climatique.

Pendant ce temps, l’industrie automobile et l’aéronautique s’adaptent de front

Ailleurs, les grands groupes industriels ont compris que l’adaptation climatique exigeait de grands moyens :

  • Baisse des cadences : Chez plusieurs constructeurs automobiles, les cadences des lignes de production sont automatiquement réduites de 5 à 10 % lors des pics caniculaires pour compenser l’épuisement physique, sans pénaliser les salariés.
  • Rénovation thermique du bâti : Dans l’aéronautique (Safran, Airbus), l’accent est mis sur l’isolation des toitures des ateliers et l’installation de rafraîchisseurs d’air par évaporation. On y traite la cause du problème, plutôt que de simplement distribuer des ventilateurs individuels qui brassent de l’air chaud.
  • Primes indexées sur le réel : Contrairement à Michelin qui limite la prime de chaleur de cuisson au calendrier fixe du 15 juin au 15 septembre, d’autres secteurs déclenchent les compensations financières dès que les seuils thermiques réels sont dépassés, qu’on soit en mai ou en octobre.

La Cfdt rappelle que l’adaptation climatique n’est pas une variable d’ajustement ou une affaire de confort, c’est un enjeu vital de santé publique et de performance économique. Nous savons que le sujet est pris en compte dans la stratégie Michelin actuelle mais la rapidité de certains chantiers est cruciale pour les travailleurs (rénovation thermique globale de nos ateliers, indexation des objectifs de production sur la réalité du thermomètre etc…). Si Michelin veut rester attractif et éviter une explosion des arrêts maladies ou des accidents, la direction doit prévoir un plan d’adaptation d’un point de vue global et le mettre en place rapidement.

Christophe Beau Délégué Syndical, Troyes & Sandrine Le Guilloux, élue Clermont Ferrand

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