Santé mentale : comment veiller sur soi et sur ses collègues en période de flou ?
La période actuelle est particulièrement anxiogène : guerres, climat, épidémies, inflations et bien sûr annonces inquiétantes de l’entreprise dont ni l’ampleur, ni le flou ne sont rassurants. Il convient donc de faire attention à soi et de prendre en compte les signaux concernant notre santé mentale. Apprendre à repérer ces signaux – chez soi comme chez ses collègues – est le premier pas pour briser l’isolement et désamorcer la souffrance avant qu’elle ne s’installe.
Voici les principaux signaux d’alerte, classés en trois grandes sphères :
Signes physiques
- Perte d’énergie : sensation de fatigue permanente, épuisement sans raison ;
- Douleurs corporelles inexpliquées : mal de dos, mal au ventre, douleurs musculaires, maux de tête, etc.
- Problèmes de sommeil : difficultés à s’endormir, insomnies, cauchemars, ou au contraire, tendance à trop dormir ;
Signes psychologiques
- Problèmes d’humeur répétitifs : irritabilité, impatience, agitation, sautes d’humeur, colère, tristesse, pleurs ;
- Stress et anxiété persistants : angoisses, sensation d’oppression, inquiétudes, nervosité, doutes sur les choses avec besoin de vérifier ou de refaire les choses plusieurs fois, souvenirs d’événements du passé qui reviennent sans cesse dans la tête ;
- Baisse de l’estime de soi : impression de ne pas être à la hauteur, se sentir nul ou nulle, culpabilité excessive ;
- Difficultés à se concentrer : problèmes de mémoire, difficultés à prendre des décisions, erreurs au travail ;
- Changement des habitudes alimentaires : perte d’appétit ou, au contraire, consommation excessive de nourriture, inquiétudes permanentes sur son poids ;
- Perceptions inhabituelles : voir ou entendre des choses que les autres ne voient ou n’entendent pas, entendre une voix dans sa propre tête ;
- Agressivité envers soi-même : ressentir le besoin de se faire du mal, comme se couper ou se taper ;
- Idées noires : détresse, penser à la mort ou au suicide ;
Signes comportementaux
- Isolement : prendre ses distances avec son entourage, éviter se sortir de chez soi, refuser les invitations, ne plus avoir envie de voir ses proches ou de participer à des activités sociales ;
- Consommation de substances : augmentation ou consommation inhabituelle d’alcool, de médicaments, ou de drogues ;
- Prise de risque : conduire trop vite ou après avoir pris de l’alcool, du cannabis ou une autre drogue, se mettre en danger ;
- Perturbations dans les relations avec les autres : détachement, repli sur soi, ne plus faire confiance à ses proches, se sentir visé(e) par ce que disent les autres, disputes ;
- Démotivation : perte d’intérêt ou de plaisir pour des activités qu’on aimait bien, perte d’enthousiasme ;
- Difficultés à réaliser les tâches quotidiennes : ne plus prendre soin de soi (ne pas se laver, ne pas se nourrir correctement), avoir du mal à aller au travail, ne plus entretenir son logement ;
Comment réagir ?
Si les signaux sont faibles, voir une personne « ressource » ou pratiquer une activité ressource peut suffire. S’ils sont intenses, ou s’ils sont présents depuis plus de 15 jours ou encore s’ils impactent quotidiennement notre vie, alors il est clairement conseillé d’aller voir un professionnel de santé, la médecine du travail ou son médecin généraliste, un psychologue ou un psychiatre. En cas d’idées suicidaires, pour vous ou pour un proche, vous pouvez contacter le 3114, le numéro national de prévention du suicide. En cas d’urgence, pour vous ou pour un proche, contactez le SAMU au 15.
Dans un contexte économique et social particulièrement lourd, exacerbé par les incertitudes qui pèsent sur l’entreprise, préserver sa santé mentale n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Apprendre à repérer ces signaux – chez soi comme chez ses collègues – est le premier pas pour briser l’isolement et désamorcer la souffrance avant qu’elle ne s’installe.
Face à la charge mentale et à l’anxiété, la solidarité et l’écoute restent nos meilleurs remparts au quotidien. N’oublions pas que manifester de la vulnérabilité n’est pas une faiblesse. Que ce soit en échangeant avec un collègue de confiance, en sollicitant un représentant du personnel ou en se tournant vers des professionnels de santé, oser parler et demander de l’aide est le geste le plus courageux — et le plus salvateur — que l’on puisse faire pour soi et pour les autres
Chris Boyer, élu CSE Clermont-Ferrand
